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La place du père dans les institutions, il reste du travail

Les précédents articles publiés autour de la place du père, de son histoire et de son lien d'attachement singulier sont tirés de recherches menées pendant plus d'un an dans la réalisation de mon mémoire de fin d'étude. Au terme de mes recherches bibliographiques, j'ai pu poser un questionnement précis m'amenant à mener une étude de terrain et notamment sur sa place au sein des différentes institutions. De la maternité à la crèche en passant par la PMI, le constat est édifiant. Le moins que l'on puisse dire c'est que je ne m'attendais pas à ça...


1. La maternité: un service hospitalier réservé aux femmes?


Bien que la place du père m'ai toujours questionné, œdipe quand tu nous tiens... C'est finalement sur le terrain que mes premiers questionnements sont apparus.

Nous aurions pu remonter bien avant la naissance. Avec par exemple: des cours de préparation à l'accouchement réservés aux futures mamans et très souvent incompatibles avec les horaires de travail du futur père. Mais bon, il faut bien commencer quelque part!


Tout est parti d'un constat personnel en service de maternité: le père est majoritairement absent lors des entretiens de sortie. Vous savez cet entretien où on vous remet les "clefs" de votre parentalité? Celles là même qui vous donnent le tournis une fois de retour à la maison...

Afin de mieux comprendre, j'ai interrogé les professionnelles du services sur cette absence du père. Et là le coup près tombe: ce n'est pas une volonté du père d'être absent mais l'organisation et les habitudes de services qui en sont responsables. Pourquoi? Et bien, parce que pour synthétiser l'organisation est ainsi faite:

  • Le matin: soins du bébé, soins de la maman, passage des médecins

  • L'après-midi: les visites et le nettoyage des chambres vides pour les prochaines naissances.

Pour que la boutique tourne, il y a donc une heure pour les départs et donc une heure pour l'entretien de sortie. Grosso modo entre 12H et 14H, la petite famille doit être prête à sortir. Les professionnels n'ont pas d'autres choix que de coller à cette organisation. Même si elle souhaiterais pouvoir s'adapter aux présences de chacun et au rythme du bébé, ce n'est malheureusement pas toujours possible. S'ajoute à cela la place sociale du père qui n'est pas encore bien établie dans le milieu de la maternité puis de la petite enfance.


Mais cette absence, cette apparente non nécessité lors de l'entretien a-t-elle une influence sur sa capacité à devenir père? Ou sur l'enfant? C'est avec une infirmière puéricultrice de PMI (Protection Maternelle et Infantile, tiens dis donc là aussi on a oublié de parler du père!) que j'ai tenté d'y répondre.


2. La PMI, un travail de valorisation en cours


J'ai eu la chance de rencontrer une infirmière puéricultrice (IPDE) ayant roulé sa bosse en PMI. Elle a vu des familles s'investir et s'agrandir au fil du temps. Alors je vous préviens tout de suite, ici on casse les clichés. La PMI c'est pour tout le monde. C'est un lieu d'accueil et de partage avec d'autres parents et des professionnels formés. Totalement pris en charge par la Sécurité Sociale, elle est ouverte à tous.

Au détour de cet entretien, l'IPDE nous confie qu'elle ne voit que très peu de pères , en effet les horaires d’ouverture en semaine ne permettent pas aux pères de se libérer du travail. Elle m'a toutefois relaté deux situations que je souhaitais partager avec vous:


1ère situation : un couple et leur premier bébé de 7 jours de vie arrivent pour leur première consultation en PMI. La puéricultrice commence par se présenter puis évoque la grossesse avec la maman. Après quelques minutes, la puéricultrice se focalise sur le père et lui demande : « Et vous Monsieur, comment avez-vous vécu la grossesse de votre femme ? ». La puéricultrice me traduit l’étonnement de ce dernier, qui à l’écoute de cette question semble stupéfait. Les yeux grands ouverts de surprise, il lui répond : « Et bien c’est la première fois qu’on me pose la question ! ». Dans la suite de l’entretien, le père a pu exprimer son malaise lors des différents examens, se sentant parfois superflu.

2ème situation : un couple venu pour une pesée entre dans le bureau de la puéricultrice avec son enfant. La puéricultrice commence par reprendre les points importants de la grossesse, et après dix minutes, l’enfant se met à pleurer. La puéricultrice indique donc un espace derrière le bureau où le père peut s’occuper de son enfant. Le père commence à changer la couche de son enfant, quand tout à coup, sa femme l’interrompt pour lui dire « mais non, ne fais pas comme ça, de toute façon tu ne sais pas faire ! A la maternité, on m’a montré, il faut faire comme ça !». La puéricultrice insiste pour que le père puisse continuer de s’occuper de son enfant et ainsi continuer l’entretien avec Madame. Mais cette dernière garde un œil critique sur son mari, et l’interrompt plusieurs fois, ne laissant à Monsieur aucune possibilité de faire par lui-même.

Ces deux situations m'ont beaucoup questionnées sur la place du père dès la naissance de l’enfant. Il est ici question de la place donnée au père dans l’institution et de la façon dont cette dernière le met à l’écart. Mais pourquoi cela ? Quelles en sont les conséquences sur le processus de parentalité et sur l’enfant ? Allons voir du côté des crèches pour y voir plus clair sur les répercussions.

3. Et en crèche alors?

Le psychologue Le Camus définit le père présent du XXIème siècle comme étant investi, disponible et participant tout en étant conscient de ses responsabilités parentales et de sa fonction de parent de sexe masculin. C’est un père capable d’« offrir de lui-même pour partager avec son enfant, dans une attitude oblative et sans attendre de rétribution».

Et en pratique comment cela se manifeste? L'exclusion institutionnelle involontaire du père a-t'elle des répercutions sur ce dernier dans les trois premières années de son enfant?

Je me suis entretenue avec différents professionnels exerçant en crèche. Une directrice me disait: « ils sont très investis pour la plupart, peut-être sur les 72 enfants, il y a peut-être 2 enfants où je n’ai jamais vu le père ». Donc 97% des pères viennent et s’investissent auprès de leur enfant accueilli en crèche. Elle m'a fait part de ses propres réflexions : « l’homme avait très envie de cela, de s’occuper de l’enfant comme la mère s’en occupe, sauf qu’il y a des clichés, une culture à côté, une pression familiale ou sociale aussi qui fait qu’ils ne se donnaient pas cette possibilité ». Aujourd’hui elle se rend compte que les nouveaux pères assument ce rôle « sans aucune peur d’un regard extérieur par rapport à ça. Certes ils vont le faire différemment que la mère, mais moi je trouve qu’il n’y a pas de retenue des pères ». Dans une autre crèche, l’infirmière puéricultrice va jusqu’à dire qu’elle considère que « le père et la mère sont des partenaires à égalité » mais elle précise « pas identiques », pour le bien-être de l’enfant. Elle introduit la nécessité pour les parents d’avoir des rôles psychiques différents et notamment pour le père du « rôle de séparateur » mère-bébé.


Les deux puéricultrices parlent bien de cette évolution de la place du père en société mais aussi au sein du couple parental qui va nécessairement avoir un impact sur l’enfant. L’une des auxiliaires détaille l’implication du père auprès de son enfant. Elle relate la situation d’un père présent, qui participe aux soins et qui s’intéresse à la vie de son enfant à la crèche. Elle nous dit à son sujet que « c’est le nouveau papa dans toute sa splendeur, dans tout. C’est-à-dire qu’il va me demander presque les mêmes choses que maman, il va interagir avec son enfant… ». Elle me confie également: « honnêtement là on est dans un changement de direction dans la prise en charge des enfants et des parents et on voit des papas réagir différemment par rapport à avant ».

Après un temps d'observation en crèche, et plus précisément sur le temps de transmission, il est ressorti que les pères accordent autant de temps que les mères lors de la transmission parent-professionnel. C'est également ce que j'ai pu observer durant mon expérience de directrice de crèche. Le père a réussi, malgré les réticences culturelles et l'organisation institutionnelle, à prendre sa place auprès de son enfant.


4. La place du père au sein de la famille

Cette évolution ne passe pas inaperçue, puisqu’elle a également été évoquée par les parents dans un questionnaire sur la parentalité. J'ai réalisé ce questionnaire afin de recueillir les représentations et ressentis de parents sur la place du père au sein de la famille. Je vous détaillerais les résultats de ce questionnaire dans un prochain article, car ces derniers en disent long sur notre manière d'être père ou mère.



Dans ce questionnaire, tous ont répondu que la place du père a évolué au fil du temps. Les pères signifient être heureux de cette évolution, les mères valorisent ce rôle de soutien, reconnaissent la complémentarité et vont jusqu’à évoquer une égalité entre elles et leurs conjoints dans leur place auprès de l’enfant. Certaines critiquent la non reconnaissance générale, dans les représentations, de la place du père auprès de l’enfant et notamment dans les inégalités pères-mères qui subsistent dans les gardes partagées. Au regard des réponses, j'ai pu noter une représentation positive des mères sur la place de ces nouveaux pères.


Conclusion

Pour conclure, nous pouvons d’ores et déjà affirmer que la place du père a réellement changé. Elle est évoquée tant par les professionnels de la petite enfance que par les parents eux-mêmes. Toutefois cette prise en compte du père d’aujourd’hui ne semble pas évidente et notamment au regard de la place de la mère. Ce nouveau statut de père présent, bien qu’apprécié, impose un remaniement des représentations et des pratiques au sein du couple. C'est ce que nous verrons dans un prochain article!

Au sein des institutions, un réel travail est à entreprendre, tant dans l'organisation que dans les pratiques et le langage employé. Les professionnels ont consciences de cette place prise par le père et modifient peu à peu leurs pratiques avec les moyens mis à disposition.

Parce que le temps est une denrée rare en milieu hospitalier, c'est au sein de petite structure que vous pouvez trouver refuge. C'est là que j'interviens, au sein de Au lit Joséphine, pour vous proposer des temps d'écoute et d'accueil bienveillant autour d'ateliers ou de consultations à thème.




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