Et si on parlait de la CNV (communication non violente) ?

Depuis quelques mois, les magazines spécialisés, la presse et les réseaux sociaux mettent en avant les concepts de bienveillance, de communication bienveillante et de parentalité bienveillante. On les voit ressortir à toutes les sauces.

Vous venez d’assurer une journée d’école à la maison et d’activités variées dans cette période de confinement. Vous avez alors quelques minutes de libre pour lire ces articles ou postes avec l’envie d’être cette famille qui sourit à table et où chacun s’écoute et respecte la parole de l’autre. Quand tout à coup vous entendez un cri, votre plus jeune pleure à grosses larmes pendant que l'aîné rouge de colère récupère son jouet. De son côté votre mari vous demande pour la énième fois où est le tire-bouchon... Même le chat installé sur le canapé fini par quitter son cocon apeuré par le bruit. Difficile de ne pas répondre du tac au tac : débrouillez-vous !

Rassurez-vous c’est normal ! On pense que la communication est la base de l’éducation pourtant que ce soit à l’école, dans les familles ou au travail, la communication non violente et bienveillante est loin d’être la norme. Pourquoi ? Car avant d’être bienveillant avec l’autre, il faut d’abord l’être avec soi-même. Connaître ses besoins, ses émotions et ses filtres nous permet d’être dans cette communication bienveillante tant espérée. On a du travail, mais à force d’entrainement nous allons y arriver ! Je vous propose de voir ensemble comment mettre en place la communication non violente, on y va ?

1. Un peu d’histoire

Marshall Rosenberg, docteur américain en psychologie clinique est à l’origine, dans les années 70, de la méthode de communication appelée : la CNV (communication non violente). Plus qu’une simple méthode de communication, il s’agit là d’une véritable philosophie de vie basée sur quatre piliers : l’observation, la verbalisation de ses sentiments, l’expression de ses besoins et l’énonciation d’une demande. Elle demande de mobiliser plusieurs compétences qui sont l’empathie, l’écoute active, la bienveillance envers les autres mais aussi envers soi-même. M.Rosenberg prône la communication comme un don naturel de soi et disait que c’est « le langage et les interactions qui renforcent notre aptitude à donner avec bienveillance et à inspirer aux autres le désir d'en faire autant ». Il distingue deux types de communication symbolisées par le chacal et la girafe :

Marshall Rosenberg en conférence
  • Le chacal : c’est un langage basé sur qui a raison ou a tort, qui est bon ou mauvais. Dans l’inconscient, l’homme se sent possible de malfaisance et donc sait qu’il peut être punis. Ce type de langage donne une supériorité à l’une des deux personnes qui pense alors que la violence (mots ou gestes) permettra à l’autre de se repentir. Il punît ou récompense pour que l’autre fasse ce qu’il lui demande. Nous avons été éduqués dans ce mode de communication. Nous jugeons à l’aide de nos propres filtres et morales, nous nions notre propre responsabilité face à nos actes et surtout nous sommes persuadés de ne pas avoir le choix. Nous avons été habitués à cette violence jusqu’à pouvoir l’a trouver agréable et divertissante. M.Rosenberg donne comme exemple les dessins animés pour enfants où le héros se bat ou tue les méchants.

Pour illustrer il donne également l’exemple suivant : Je suis en voiture, quand tout à coup, un autre conducteur me grille la priorité. Le langage chacal me dit alors de réagir de la manière suivante : j’ouvre ma vitre et je lui cris « abrutis ! », et avec la réelle conviction que le conducteur en face se dira « ah oui dis donc ce n’est pas bien… Je ne recommencerais plus ». Cet exemple se produit partout, au travail, dans la rue et malheureusement même avec nos enfants…


  • La girafe : C’est l’animal terrestre qui a le plus gros cœur, qui prend de la hauteur sur le monde grâce à son long coup. La girafe est le symbole de la non-violence. C’est le langage qui vient du cœur et qui permet le don naturel de soi. Prendre du recul sur la situation nous permet d’observer la situation sans jugements, de faire le point sur ses propres émotions, de comprendre notre besoin insatisfait dans la situation pour en exprimer une demande dénuée de jugements. Cette méthode est basée sur le principe de si je donne alors je reçois.

Si vous souhaitez aller plus loin, une conférence de M.Rosenberg est disponible sur Youtube. Promis il est bourré d’humour, vous ne verrez pas le temps passer ! Ses marionnettes se chargent de vous expliquer cette méthode.


2. La communication non violente en pratique


La communication non violente répond à une méthode bien précise qui vise à, nous l’avons vu, réduire les conflits. Exprimer ses émotions face à une situation permet aux interlocuteurs d’être au même niveau de compréhension, de regarder la situation avec la même paire de lunette.

Pour mieux comprendre, voici un schéma :

Communication non violente, méthode de M.Rosenberg


3. On met en pratique


Je vous l’accorde, cette méthode de communication est bien loin de ce que nous avons l’habitude de mettre en pratique. Plus de réponse toute trouvée données sur le coup de l’émotion. On apprend à prendre du recul, à se questionner sur ce qu’on ressent, à exprimer nos émotions et nos besoins. Il s’agit d’apprendre à être à l’écoute.

Oui c’est bien loin de ce que nous avons appris. Mais si vous êtes sur cette page, c’est qu’une petite voix dans votre tête vous dit qu’il est de votre rôle de parent d’accompagner votre enfant vers ce mode de communication pour lui espérer un monde meilleur.

Mais comment faire ?








3.1 Des petits exercices en famille

Pour commencer, pourquoi ne pas proposer un petit exercice en famille. Chacun trouve une situation de conflit et reformule cette situation à l’aide des 4 piliers de la CNV. Vous allez vite vous rendre compte qu’il n’y avait pas lieu de se mettre en colère ou de se faire la tête. Très souvent, c’est l’incompréhension de l’autre qui mène au comportement violent (paroles ou actes, rappelons qu’une parole violente/humiliante a autant d’impact sur le cerveau de l’enfant qu’une gifle ou une fesser).


Pour vous accompagner dans cet exercice, je voulais vous partager un jeu de société que nous avons depuis notre mariage. Il s’agit de la boîte de comm’ du couple. Elle existe aussi un format famille (on next les questions un peu trop intimes…). Lors d’une partie, vous avez chacun une même carte à remplir. Cette dernière vous place dans une situation du quotidien ou d’avenir et vous demande ce que vous en pensez et ce que vous pensez que l’autre pense. A la fin de la partie on met en commun. On utilise le pronom « je », « je pense que tu », « je ressens cela ». Ce jeu permet de communiquer sur des thèmes que l’on n’aborde pas toujours facilement, qui peuvent parfois être conflictuelles ou même des thématiques auxquelles on n’aurait pas pensé. La communication est le ciment du couple et d’une famille heureuse, ce jeu devrait être remboursé par la Sécurité Sociale…


3.2 Parler des émotions dès le plus jeune âge

Dès la naissance le bébé écoute et ressent toutes les émotions de son entourage. Avant un an il n’a pas encore conscience de la différence entre lui et le reste du monde. Ses émotions sont donc le miroir de nos propres émotions. A la maison, nous essayons de verbaliser au maximum les émotions que traverse Joséphine. Lorsqu’elle tombe et se met à pleurer, nous lui disons : « Tu es tombée, tu as dû avoir peur, regardons partout si tu as un bobo » … Mettre un mot sur les émotions permet à l’enfant de les intégrer et de pouvoir les reconnaître. Vous pouvez également vous aider du langage signé pour aborder les émotions d’un autre angle !


L’enfant apprend petit à petit à mieux se connaître et à reconnaître ses émotions. Pourquoi ne pas profiter de temps calme pour continuer cet apprentissage ? Pourquoi ne pas lire une histoire et lorsqu’une émotion est abordée demander à votre enfant : « tu penses qu’il ressent quoi quand bidule lui fait ça ? Qu’a-t-il dans sa tête ? » Apprendre dès le plus jeune âge à se mettre à la place de l’autre l’aidera à développer son empathie.

Pour évoquer les émotions, beaucoup de livres existent déjà dans la littérature jeunesse, en voici quelques-uns (il en existe vraiment beaucoup !) :

  • La couleur des émotions d’Anna Llenas

  • Grosse colère de Mireille d’Allence

  • Le livre qui a peur, le livre en colère, le livre amoureux de Cedric Ramadier

  • Aujourd’hui je suis… de Mies Van Hout

  • Parfois je me sens de Anthony Browne

Il existe également des supports pour aider à identifier ses émotions, Bougribrouillons vous en propose de très ludiques !


3.3 Laisser les enfants s’exprimer et entrer en conflit avec leurs pères

Une étude montre que des frères et sœurs entre 3 et 7 ans se disputent 3,5 fois par heure. Effrayant ? Oui pour nos oreilles, mais tellement propice au développement de l’empathie. En effet si votre rôle est d’accompagner votre enfant pour qu’il puisse exprimer ses émotions, à lui de s’en servir pour gérer ses propres conflits. Si vous pratiquez la CNV au quotidien, alors vos enfants saurons l’utiliser ensemble avant de l’utiliser en société.


Conclusion


La communication non violente c’est parler avec son cœur. Être à l’écoute de ses propres émotions afin de pouvoir être à l’écoute de celles des autres. Un langage bienveillant ou tout le monde porte les mêmes lunettes, les mêmes filtres de compréhension. Je trouve ahurissant que les écoles n’utilisent pas cette méthode pour accompagner les enfants à devenir des adultes capables d’empathie et de bienveillance. M. Rosenberg a principalement œuvré, grâce à sa méthode, pour gérer les conflits entre les pays. Il pensait que la CNV était la clef pour un monde moins violent et où les gens se respectent. Il est impossible d’aller contre son point de vu. Notre éducation n’a pourtant pas bougé d’un pouce… A nous de reprendre le contrôle de notre parentalité. Nous savons ce dont nos enfants ont besoin pour se développer et devenir des adultes dans le don naturel de soi. Alors au boulot ! N’hésitez pas à partager des situations conflictuelles, ensemble nous arriverons peut-être à la reformuler.

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