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Deuil périnatal : ce que l'entourage peut dire, et pourquoi personne ne devrait le traverser seul

13 oct.
8 min de lecture

Le message est écrit depuis trois jours.

« Je suis désolée pour… »

Et puis rien. Le curseur clignote, on efface, on se dit qu'on appellera plutôt. Et les semaines passent.


Quand un bébé part trop tôt, l'entourage se tait souvent. Par pudeur, par peur de blesser… et ce silence pèse lourd.


On parle de deuil périnatal pour la perte d'un bébé pendant la grossesse ou autour de la naissance : une grossesse arrêtée (= fausse couche), une interruption médicale de grossesse (IMG), une mort in utero, un décès dans les premiers jours de vie. Chaque situation est différente.


Le mieux est souvent d'utiliser les mots que les parents emploient eux-mêmes.


Ce deuil a une particularité : la mort survient là où la vie était attendue. Les parents perdent un bébé, mais aussi tout un futur déjà imaginé. Une chambre, un prénom, une place dans la famille. Et souvent, peu de personnes autour d'eux ont connu ce bébé.


Colombe, symbole deuil périnatal Au lit Joséphine

Infirmière puéricultrice depuis 2013, j'ai la chance d'accompagner des familles à de nombreuses étapes de leur vie, y compris celle du deuil périnatal. Et j'entends très souvent les mêmes questions, du côté des proches :


« Est-ce que je dois en parler, ou attendre qu'elle le fasse ? »

« Et si je dis une bêtise ? »

« Est-ce que je prononce son prénom ? »

« Ça fait trois mois, est-ce que je peux encore lui écrire ? »


Dans cet article, je vous parle des phrases qui blessent malgré elles et celles qui font du bien à entendre. Nous verrons aussi pourquoi personne ne devrait traverser ce deuil seul, et comment l'hypnose peut faire partie d'un accompagnement.


Les phrases qui blessent malgré elles, et celles qui aident pour accompagner le deuil périnatal

Avant tout, une chose rassurante : il n'existe pas de phrase parfaite. Les parents ne vous demandent pas de trouver les bons mots. Ils ont surtout besoin qu'on reconnaisse que leur bébé a existé.


Toutes les phrases ci-dessous partent d'une bonne intention. On les a presque tous dites un jour. L'idée n'est pas de se juger, mais de comprendre ce qu'elles peuvent faire ressentir.


« Vous êtes jeunes, vous en aurez d'autres. »

On veut redonner de l'espoir. Mais un autre enfant viendra peut-être un jour, il ne remplacera jamais celui-ci. Les parents entendent souvent : « ce bébé-là ne comptait pas vraiment ».

À la place : « Je suis tellement désolée pour votre bébé. »


« Au moins, c'était tôt. »

Le lien avec un bébé commence souvent bien avant que la grossesse ne se voie. Certaines femmes vivent une perte précoce sans détresse particulière, d'autres comme un deuil très profond. Le terme de la grossesse ne dit rien de la peine ressentie.

À la place : « Votre bébé comptait déjà tellement pour vous. »


« C'était peut-être mieux ainsi. »

Chercher un sens à la place des parents referme souvent la conversation. Beaucoup de parents se posent déjà mille questions, avec une culpabilité qui revient en boucle : « Et si j'avais consulté plus tôt ? ». Ils ont besoin d'être écouté, pas d'une explication.

À la place : « Je n'ai pas les mots. Mais je suis là. »


Changer de sujet dès que le bébé est évoqué

On croit protéger. Mais le silence autour du bébé donne l'impression qu'il n'a jamais existé. Prononcer son prénom, s'il en a un, c'est le reconnaître.

À la place : « Vous voulez me parler de Léon ? » (avec le prénom de son bébé). Et si les parents n'en ont pas envie ce jour-là, ils vous le diront.


« N'hésitez pas si vous avez besoin. »

C'est sincère. Mais dans le brouillard du chagrin, demander de l'aide est presque impossible. La personne en deuil doit alors savoir ce dont elle a besoin, puis oser le formuler.

À la place : un geste précis. « Je dépose un plat mardi soir. Vous n'aurez même pas besoin d'ouvrir. » Garder les aînés un mercredi, faire une course, s'occuper d'un papier administratif.


Au co-parent : « Et votre compagne, comment va-t-elle ? »

Le co-parent porte aussi ce deuil, souvent en silence, parce qu'on attend de lui qu'il « tienne ». Dans un couple, chacun vit la perte à son rythme : l'un a besoin de parler, l'autre d'agir. Ce décalage n'est pas un manque d'amour.

À la place : « Et vous, comment allez-vous ? »


Quelques mois plus tard : « Il faut avancer, maintenant. »

Le deuil ne suit aucun calendrier, et il ne fonctionne pas comme un escalier qu'on monte marche après marche. Les parents oscillent entre des moments tournés vers leur bébé et des moments où la vie reprend. Rire avec des amis un jour, pleurer le lendemain : c'est normal. Et ce deuil se réveille souvent à chaque endroit où les parents avaient imaginé leur enfant.

À la place : « Je pense à vous aujourd'hui. » À la date prévue du terme, à la date anniversaire, à la fête des mères ou des pères. Ces petits messages, des mois plus tard, comptent énormément.



Ne pas rester seul, ni seule

C'est le message le plus important de cet article. Le deuil périnatal est un deuil souvent invisible. Autour des parents, la vie reprend vite, et beaucoup de mamans me disent : « Tout le monde est passé à autre chose, je devrais aller mieux. »

La société pousse à tourner la page. Pourtant, le lien avec ce bébé ne s'arrête pas. Il a besoin d'une place, et cette place se construit rarement seule.


Si vous êtes parent

Vous n'avez pas à être fort, ni à protéger tout le monde. Plusieurs portes existent, et vous pouvez en pousser une, ou plusieurs, à votre rythme :

  • Votre couple. Vous ne vivrez pas ce deuil de la même façon, et c'est normal. Personne n'a à décider qui souffre le plus. Se dire simplement « voilà où j'en suis aujourd'hui », sans devoir protéger l'autre, c'est déjà beaucoup.

  • Les aînés. Les frères et sœurs ressentent tout, même très petits. Des mots simples et vrais, adaptés à leur âge, les rassurent davantage que le silence. Certains livres, à lire en famille, peuvent aider à ouvrir la conversation.

  • Les associations. Des parents qui ont traversé la même chose, des bénévoles formés et des professionnels y proposent écoute et groupes de parole. En France, l'association SPAMA accompagne les parents depuis 2006, et Agapa propose des cafés-rencontres après une fausse couche, une IMG ou une IVG.

  • Les professionnels. Votre médecin, votre sage-femme, un psychologue. Si la tristesse s'installe, si vous ne dormez plus, si des images reviennent sans cesse ou si des pensées noires apparaissent, parlez-en rapidement. En cas d'idées suicidaires, le 3114 répond jour et nuit, gratuitement.


Si vous êtes un proche

Votre présence compte plus que vos mots. Vous pouvez :

  • écrire un message court, même des semaines après, même si vous ne l'avez pas fait au début ;

  • proposer un geste concret plutôt qu'une aide générale ;

  • accepter que les parents aient envie d'en parler un jour, et pas le lendemain ;

  • noter dans votre agenda la date prévue du terme, pour penser à eux ce jour-là.

Et si vous avez dit une phrase maladroite, rassurez-vous. Une maladresse se pardonne. Le silence, lui, laisse souvent les parents seuls avec leur bébé.


Ce que l'hypnose peut apporter

Certaines choses restent dans le corps bien après que tout le monde est passé à autre chose. Une boule dans la gorge en passant devant la maternité. Une chambre préparée dans laquelle on n'arrive plus à entrer. Une culpabilité qui surgit dès qu'on rit.


Je me forme régulièrement à l'accompagnement du deuil périnatal et de l'accouchement traumatique, notamment auprès de Virginie Tyou, hypnothérapeute et formatrice en hypnose somato-émotionnelle. Cette approche part de ce que le corps ressent avant d'aller vers les émotions et les pensées.


Ce que dit la recherche

Il faut rester honnête : la recherche sur l'hypnose dans le deuil périnatal est encore jeune, et les études sont peu nombreuses. Voici ce que l'on sait aujourd'hui :

  • En 2015, l'Inserm a évalué l'hypnose à partir de 52 essais cliniques. Le rapport retient son intérêt pour diminuer la consommation d'antalgiques ou anxiolitiques (Inserm, 2015).

  • Une méta-analyse publiée en 2016 a regroupé les essais sur l'hypnothérapie dans le stress post-traumatique. Elle observe une diminution importante des symptômes (Rotaru et Rusu, 2016).

  • Après une naissance, environ 4 % des femmes développent un trouble de stress post-traumatique, et près de 19 % lorsque l'accouchement a été vécu comme traumatique (Yildiz, Ayers et Phillips, 2017, Journal of Affective Disorders). Les études montrent aussi que le sentiment d'être écoutée, la présence d'un soutien et la continuité de l'accompagnement font partie des facteurs qui protègent (Dekel et al., 2024, revue systématique sur la prévention du stress post-traumatique après la naissance).


Autrement dit : l'hypnose n'efface pas un deuil, et ne remplace ni un suivi médical ni un suivi psychologique. Mais elle peut être un appui doux, à côté d'eux.



Comment j'accompagne:

  • Vous gardez la main. En hypnose, vous restez conscient. Vous entendez tout, vous pouvez parler, bouger, ouvrir les yeux, arrêter. C'est vous qui choisissez ce que nous abordons, et jusqu'où.


  • On part de ce qui est là. Une sensation dans la poitrine, une image, une émotion… ou rien du tout. Ne rien sentir est aussi une information, jamais un échec. Pas besoin de tout raconter, ni de trouver les bons mots.


  • On avance à votre rythme. La première séance sert d'abord à faire connaissance avec l'hypnose et à construire de la sécurité. Ensuite seulement, si vous le souhaitez, nous approchons ce qui pèse, à une distance qui reste confortable.


  • On peut donner une place à votre bébé. Certains parents ont besoin d'un espace intérieur où retrouver leur enfant, dès qu'ils en ressentent le besoin. D'autres traversent la peur d'une nouvelle grossesse, comme un pont entre l'avant et l'après. Rien n'est imposé : ni image, ni adieu, ni message. C'est vous qui savez ce qui est juste pour vous.


Les séances ont lieu à mon cabinet de la Maison Céleste, à Vannes, ou en visio si vous habitez loin ou si sortir vous demande trop d'énergie en ce moment.

La première séance dure 1 h 30 (90 €) et les séances de suivi 1 h 15 (80 €).

Nous décidons ensemble, après chaque rendez-vous, s'il est utile de se revoir.

Vous n'avez pas besoin d'aller mieux pour venir.



Pour finir

Le 15 octobre, c'est la journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. C'est une belle occasion d'envoyer un message à quelqu'un, même des mois ou des années après. « Je pense à vous, et à votre bébé. » Ces quelques mots peuvent compter bien plus que vous ne l'imaginez.

Et si vous traversez ce deuil, vous n'avez pas à le porter seul. Si vous ne savez pas par où commencer, écrivez-moi en deux lignes, je vous écoute et vous oriente.


Avec tout mon soutien, Flora de Au lit Joséphine


Sources

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